Planifier sa retraite est une tâche qui exige de la rigueur et de la discipline. Lorsqu’on est entrepreneur, le défi peut être encore plus grand puisqu’il s’accompagne généralement d’une volonté de transférer la propriété de l’entreprise.

Au cours des prochaines années, plusieurs propriétaires d’entreprises privées canadiennes prévoient passer ainsi le relais. Cependant, comme l’illustre le graphique suivant, il semble que seule une minorité d’entre eux ait un plan pour le faire.





 

Priorité à l’entreprise


Comment expliquer cette réalité? Il semblerait que les propriétaires d’entreprise, en particulier ceux qui possèdent une PME, aient souvent tendance à prioriser la gestion quotidienne et la croissance de leur entreprise et n’aient simplement pas le temps de planifier la suite. En conséquence, comme une personne qui aurait investi toute son épargne dans sa maison, l’entrepreneur se retrouve avec une valeur potentiellement importante, celle de son entreprise, mais très concentrée et pas nécessairement liquide : il n’a aucune garantie d’obtenir le prix escompté aux conditions escomptées, ni même de trouver un acheteur. Imaginons seulement le propriétaire d’un magasin de disques qui aurait prévu financer sa retraite en vendant son entreprise, vers la fin de la dernière décennie.
 

Des défis et des solutions


Dans ce contexte, le propriétaire d’une entreprise fait face à plusieurs défis particuliers, auxquels il pourrait avoir intérêt à trouver des solutions bien avant d’arriver à la retraite.
 
  • Convertir en capital de retraite la valeur marchande de l’entreprise
    Les sondages révèlent que les entrepreneurs ont tendance à sous-évaluer le temps et les efforts requis pour réussir la vente ou le transfert de leur entreprise. Alors qu’ils prévoient environ trois ans en moyenne, la réalité du terrain révèle qu’il faut plutôt jusqu’à sept ou huit ans pour bien achever l’opération. Cet écart entre la perception et la réalité peut faire la différence entre une retraite réussie et une retraite remplie de soucis.
     
  • Gérer le choc fiscal
    À la différence d’un particulier qui compte tirer ses revenus de retraite, année après année, de la caisse de retraite de son employeur ou de son REER, l’entrepreneur qui vend son entreprise peut se retrouver avec un capital important, mais dont une partie pourrait être assujettie immédiatement à l’impôt sur les gains en capital. Différentes stratégies peuvent permettre d’atténuer, d’étaler ou de retarder ce choc fiscal, à condition de le mettre en place à l’avance, avec les conseils de professionnels.
     
  • Avoir un plan B
    Dans l’éventualité où l’entreprise ne trouverait pas preneur, ou trouverait preneur, mais pas au prix prévu, il pourrait être important pour son propriétaire de diversifier davantage son actif afin que tout son plan de retraite ne repose pas sur une unique source de valeur. Un des outils qui peuvent être envisagés est le régime de retraite individuel (RRI), qui est en quelque sorte l’équivalent d’un régime de pension agréée que l’entrepreneur met en place pour lui-même.
     
  • Envisager des stratégies de rattrapage
    Pour l’entrepreneur, le RRI est une des façons de mettre en place une stratégie de rattrapage en matière d’épargne-retraite. Cependant, son administration peut être complexe. S’il le préfère, l’entrepreneur pourrait aussi mettre simplement en place une stratégie d’épargne accélérée qui lui permettrait notamment d’utiliser les marges de cotisations inutilisées de son REER. Avec son représentant en épargne collective, la personne pourrait aussi déterminer s’il ne serait pas approprié de revoir le niveau de risque de son portefeuille pour dynamiser la croissance de la partie de son patrimoine qui n’est pas liée aux opérations de l’entreprise.
     
  • Structurer son entreprise pour protéger son capital accumulé
    Enfin, l’entrepreneur pourrait avoir intérêt à structurer adéquatement son entreprise pour protéger son capital de retraite du risque lié aux opérations de l’entreprise. L’un des mécanismes couramment utilisés consiste à mettre en place une société de gestion. D’autres approches peuvent aussi être envisagées avec des professionnels en fiscalité, notamment dans le cadre d’une planification successorale.

    Comme on peut le voir par ce bref survol, la planification de la retraite d’un entrepreneur peut impliquer plusieurs volets qui présentent un bon degré de complexité. Obtenir des conseils éclairés pourrait donc être la première étape pour mettre en place un plan de retraite efficace.