21 septembre 2026
Depuis la fin d’octobre 2025, la Banque du Canada n’a pas modifié son taux directeur, qu’elle a maintenu à 2,25 %. Et pourtant, si vous avez considéré l’achat d’un certificat de placement garanti (CPG) ou renouvelé une hypothèque au cours de cette période, vous avez peut-être constaté que les taux offerts, eux, avaient bougé – parfois à la hausse. Comment est-ce possible ?
La réponse tient à un fait que l'on oublie souvent : le taux directeur n'est qu'un des nombreux fils qui tissent la toile des taux d'intérêt. Pour comprendre le reste, il faut s'initier au marché obligataire.
Le taux directeur : un signal
Le taux directeur correspond à la cible établie par la Banque du Canada pour le taux auquel les institutions financières se prêtent des fonds pour une journée. Il sert de point d'ancrage aux produits à court terme, notamment les lignes de crédit et les hypothèques à taux variable. Quand la Banque hausse ou baisse ce taux, elle envoie un signal sur l'orientation de sa politique monétaire. Mais pour les produits à plus long terme – une hypothèque fixe de cinq ans, un CPG de trois ans – ce signal n'est qu'un point de départ.
Le marché obligataire : le baromètre des taux à plus long terme
Pour fixer les taux à moyen et long terme, les institutions financières regardent surtout le marché obligataire. Ce marché, où s'échangent chaque jour des milliards de dollars en obligations gouvernementales et d’entreprises, reflète en temps réel ce que les investisseurs pensent de l'avenir économique.
Les rendements des obligations gouvernementales d’échéances comparables servent alors de points de référence. Par exemple, lorsqu'un investisseur achète une obligation du gouvernement canadien d’une certaine échéance, il accepte un rendement fixe pour cette durée. Si les marchés s'attendent à ce que l'inflation soit forte dans les prochaines années, ils vont exiger un rendement plus élevé pour compenser la perte de pouvoir d'achat. Le rendement des obligations monte donc – et avec lui, les taux hypothécaires fixes et les CPG à long terme.
C’est précisément ce phénomène qui peut expliquer une situation en apparence paradoxale : le taux directeur peut rester stable, alors que certains taux de CPG augmentent en réaction à l’évolution des rendements obligataires et des conditions de financement.
Les forces en jeu
Plusieurs facteurs viennent alimenter – ou calmer – les rendements obligataires, et donc l'ensemble du marché du crédit.
L'inflation anticipée est le facteur le plus influent sur les taux à long terme. Même sans que la Banque du Canada bouge, si les données économiques laissent croire que l'inflation persistera, les obligations voient leurs rendements augmenter.
La croissance économique joue aussi un rôle. Lorsqu’elle est vigoureuse, elle peut pousser les rendements à la hausse, notamment si elle alimente l’inflation ou amène les marchés à prévoir que les taux directeurs demeureront élevés plus longtemps. À l’inverse, la perspective d’un ralentissement peut entraîner une baisse des rendements.
Le risque de crédit influence surtout le rendement exigé des obligations d’entreprises et d’autres émetteurs. Plus un emprunteur est jugé risqué, plus il doit généralement offrir un rendement élevé. Les taux des CPG dépendent également des besoins de financement et de la stratégie commerciale de chaque institution, ce qui explique qu’ils puissent varier d’un établissement à l’autre.
Enfin, les flux de capitaux mondiaux entrent aussi dans le jeu. Dans un monde financier interconnecté, les taux canadiens sont influencés par ce qui se passe aux États-Unis, en Europe et sur les marchés asiatiques. Si les rendements américains augmentent sensiblement, certains investisseurs peuvent privilégier les obligations américaines. La demande et le prix des obligations canadiennes peuvent alors diminuer, ce qui pousse leur rendement à la hausse.
Ce que cela signifie pour vous
Comprendre ces dynamiques change la façon dont on devrait aborder ses décisions financières. Lorsque vous planifiez un placement ou un emprunt, suivre les tendances obligataires – et pas seulement les annonces de la Banque du Canada – peut vous aider à mieux comprendre les taux offerts et à comparer les produits et les échéances en fonction de vos besoins.
Car, outre vos propres conditions de crédit, ce sont ces facteurs qui contribuent largement à déterminer ce que vous rapportera votre CPG ou ce que vous coûtera votre prochaine hypothèque.
Les sources suivantes ont été utilisées dans la rédaction de cet article.
Agence de la consommation en matière financière du Canada, « Module 5 : Épargne et placements ».
Autorité des marchés financiers (AMF), « L’inflation et ses conséquences sur vos finances » ; « Titres d’emprunt ».
Banque du Canada, « Le taux directeur expliqué » ; « Politique monétaire » ; « Rendements des obligations ».
Canadian Mortgage Trends, « Les rendements obligataires ».
nesto.ca, « Comprendre le rendement des obligations de 5 ans du gouvernement du Canada ».
Reserve Bank of Australia, « Bonds and the Yield Curve ».