28 mai 2026
En termes d’épargne et de placement, la retraite signifie généralement un passage de la phase « d’accumulation » à la phase de « décaissement ». En quittant la vie active, en effet, la majorité des personnes cessent de cotiser à leur épargne-retraite et commencent à y puiser leurs revenus.
La logique voudrait qu’on cherche alors à minimiser le risque du portefeuille pour protéger ce précieux actif accumulé, quitte à se contenter d’un rendement plus faible. Mais est-ce réellement le seul choix? Voici quelques éléments de réflexion pour vous aider à vous faire votre propre idée.
Facteur 1 : l’avenir dure longtemps
Le premier élément à considérer est le fait qu’au cours du dernier siècle, l’espérance de vie a beaucoup augmenté. Il n’est pas rare aujourd’hui que la retraite s’étende sur 25 à 30 ans, voire davantage. L’épargne d’une personne doit donc lui procurer des revenus pendant toutes ces années.
Qu’est-ce que cela signifie concrètement? Imaginons une personne de 65 ans qui aurait accumulé un capital de retraite d’un million de dollars et aimerait en tirer des revenus annuels de 50 000 $, indexés de 2 % par année. Selon ces hypothèses simplifiées, un rendement annuel moyen d’environ 5,5 % serait nécessaire pour que le capital de la personne ne s’épuise pas avant ses 95 ans (à noter que par souci de simplicité, on fait abstraction ici de toute considération fiscale, bien que cela puisse avoir une incidence importante en situation réelle).
Cela vous semble facile à atteindre? Poursuivez votre lecture.
Facteur 2 : le risque
Le deuxième élément à considérer est le type de portefeuille que l’on doit avoir pour envisager le rendement requis. Est-ce un portefeuille prudent ou, au contraire, un portefeuille très exposé à la volatilité des marchés?
Selon les hypothèses de projection de l’Institut de planification financière (qui peuvent évoluer dans le temps), il serait raisonnable de prévoir un rendement annuel moyen de 2,4 % pour les placements à court terme, de 3,4 % pour les titres à revenu fixe (considérés sûrs), et de 6,6 % pour les actions canadiennes et américaines (considérées plus risquées). Ainsi, pour atteindre un rendement annuel moyen de 5,5 %, et en supposant qu’elle conserve une somme de 50 000 $ dans des placements à court terme, la personne de notre exemple devrait investir environ 68 % de son épargne dans le marché boursier. Ce portefeuille composé en grande partie d’actions serait donc relativement exposé aux hauts et aux bas des marchés.
Entre trop et trop peu
Cet exemple illustre bien le dilemme des personnes retraitées : trouver le juste équilibre entre le rendement requis et le risque qu’elles peuvent tolérer. Un portefeuille qui comporterait trop d’actions pourrait souffrir de rendements négatifs sur les marchés – particulièrement en début de retraite, au moment où on commence à décaisser. En contrepartie, s’il n’en comportait pas assez, son rendement pourrait être insuffisant, et le capital pourrait s’épuiser prématurément.
L’évaluation de votre tolérance au risque est donc importante tout au long de votre retraite. À cet égard, une vieille règle empirique veut que la proportion d’actions dans votre répartition d’actif doive équivaloir à « 100 ans moins votre âge ». Ainsi, une personne de 65 ans ne devrait avoir que 35 % de son portefeuille en actions, et elle devrait réduire graduellement cette pondération à mesure que son horizon de placement diminue, pour protéger davantage son capital. Cette règle, aujourd’hui largement remise en question, doit être utilisée avec prudence. Dans notre exemple, cette pondération « prudente » ferait en sorte que le capital pourrait s’épuiser un peu avant 95 ans.
Ce qui nous ramène à la question : en fin de compte, quel rendement devrait-on viser à la retraite?
Bien établir son profil
Comme on peut le voir, la réponse dépend de vos besoins de revenu et du risque que votre situation personnelle vous permet de tolérer.
Par exemple, si la personne retraitée de notre illustration ne devait retirer que 40 000 $ par année de son épargne-retraite plutôt que 50 000 $, un rendement moindre, donc un portefeuille moins risqué, pourrait suffire à lui procurer des revenus jusqu’à 95 ans.
De la même façon, si vous comptez sur un régime de pension privé ou public, le rôle de votre épargne dans vos revenus de retraite sera différent et vous pourriez évaluer autrement le rapport risque-rendement de votre actif.
Le plan de décaissement
La planification des décaissements est une opération importante – et complexe. Quels sont vos besoins et comment évolueront-ils? Quel niveau de risque pouvez-vous tolérer, et comment cette tolérance changera-t-elle à mesure que vous avancerez en âge? Envisagez-vous de faire un legs à votre décès? Et ainsi de suite.
La réponse à la question « quel rendement devrait-on viser à la retraite? » est donc propre à chaque personne. Et une conversation avec votre conseiller est un bon point de départ pour la trouver.
Note
Les hypothèses de projection citées ici viennent d’autorités reconnues et sont basées sur les données historiques. Cependant, les rendements passés ne garantissent pas les rendements futurs et les marchés comportent des risques.
Les sources suivantes ont été utilisées dans la rédaction de cet article.
Canadian Money, « How Your Portfolio Should (and Shouldn’t) Change With Age ».
Institut de planification financière, « Normes d’hypothèses de projection 2025 ».
Mackenzie, « Calculateur de retrait de placement ».
Perspective Monde, « Espérance de vie à la naissance ».
Statistique Canada, « Espérance de vie à la naissance et à 65 ans » ° « L'espérance de vie des Canadiens de 1920-1922 à 2009-2011 ».