Les temps particuliers que nous vivons avec la crise de la COVID-19 ont contribué à mettre en lumière certaines failles dans l’organisation de nos sociétés et dans les priorités qu’elles se donnent. Certains investisseurs peuvent être amenés à se demander : serait-il possible d’investir de façon à changer les choses ? En d’autres mots : investir de façon responsable ?

 

Une approche qui prend forme depuis 50 ans

Bien que la notion d’investissement responsable soit présente depuis longtemps, c’est au début des années 1970 qu’elle a commencé à s’articuler sous la forme de produits de placement spécifiques, notamment avec le lancement du premier fonds commun de placement responsable aux États-Unis : le Pax World Fund. En 1990, l’un des premiers indices boursiers socialement responsables, le Domini 400 Social Index sera créé, suivi quelques années plus tard par les Dow Jones Sustainability Indices et plusieurs autres.


En 2006, un jalon important est posé avec le lancement, par les Nations Unies, des Principes pour l’investissement responsable (PRI), auxquels peuvent adhérer les investisseurs institutionnels qui s’engagent à poser des gestes concrets dans la gestion de leurs portefeuilles. Ces investisseurs incluent des gestionnaires de caisses de retraite et de fonds communs de placement. À la fin de 2019, ils étaient près de 2 500 à avoir signé les PRI. Leur actif sous gestion total approcherait la somme considérable de 85 billions de dollars US (un billion équivalant à 1 000 milliards).

 

Une notion diversifiée

Cela ne signifie pas pour autant que l’ensemble de cet actif est géré selon des principes d’investissement responsable, non plus que la même approche d’investissement responsable est appliquée. Avec les années, en effet, la notion en est venue à prendre différentes formes qui vont de l’investissement responsable à l’investissement durable en passant par l’investissement éthique, l’investissement socialement responsable ou encore l’investissement d’impact.

Sur une échelle où, à une extrémité, on trouverait la seule recherche du rendement et, à l’autre, la pure philanthropie, toutes ces approches se situeraient entre les deux. Certaines, comme l’investissement « d’impact », cherchent activement à avoir un effet positif, alors que d’autres cherchent à éviter d’investir dans des entreprises dont l’effet est négatif.

 

Trois lettres, deux grands modes d’action

Si on s’en tient à la définition des PRI, une approche d’investissement responsable doit tenir compte de trois enjeux, désignés sous l’acronyme « ESG » :

  • l’environnement (climat, épuisement des ressources, déforestation, etc.)
  • la société (droits de l’homme, travail des enfants, relations avec les salariés, etc.)
  • et la gouvernance (corruption, rémunération des dirigeants, fiscalité, etc.)


Deux grands modes d’action sont privilégiés : la prise en compte des enjeux ESG dans la construction du portefeuille, et l’action auprès des entreprises en portefeuille pour qu’elles améliorent elles-mêmes leur performance ESG.

 

Concilier valeurs et rendement?

Différents indices mesurent le rendement des fonds responsables. Par exemple, dans un rapport datant de 2018, la société Morningstar estimait que ces fonds se défendaient bien à la fois en termes de rendement, de volatilité et de santé financière.

Une donnée plus récente irait dans le même sens, comme l’illustre le graphique suivant, qui compare l’indice social MSCI KLD à l’indice plus large MSCI USA IMI. Au cours des 10 dernières années, le rendement de la composante socialement responsable se comparerait à celui de l’indice plus large. (Comme toujours, il convient cependant de rappeler ici qu’il s’agit de données historiques et que le rendement passé n’est pas garant du rendement futur.)

 

Graphique linéaire comparant la progression de l’indice social MSCI KLD 500 à celle de l’indice plus global MSCI USA IMI, entre 2010 et 2020. On peut constater que les courbes ont des comportements quasi identiques.

 

Investir son propre portefeuille de façon responsable

Pour le particulier, un des moyens pour exercer un effet de levier en matière d’ESG pourrait être d’investir dans des fonds ou des portefeuilles de fonds qui sont eux-mêmes « alignés ESG ». Le point de départ pourrait consister à préciser les enjeux sur lesquels on souhaite agir et, avec son représentant en épargne collective, à construire un portefeuille composé des fonds appropriés.

En début d’année, la firme Sustainalytics a publié un rapport dans lequel elle identifie 10 « thématiques » d’investissement ESG en 2020. Ces thématiques vont de la biodiversité au « slow fashion » en passant par la numérisation du secteur minier. Plus globalement, les Nations Unies ont identifié 17 objectifs de développement durable, notamment : l’élimination de la pauvreté et de la faim, l’égalité entre les sexes, l’accès à une eau propre, et la production d’une énergie propre et abordable.

Des pistes de réflexion inspirantes pour un investisseur responsable.